Sven Giegold
Mitglied der Grünen/EFA-Fraktion im Europaparlament

Sprecher Europagruppe Grüne

Gastbeitrag in Le Monde:
Le futur pacte de croissance européen doit être “vert”

Le futur pacte de croissance européen doit être “vert”

Par Thomas Houdaille, secrétaire général du think-tank EuropaNova et Sven Giegold, député européen allemand du groupe des Verts

La crise de la dette en Europe a été un révélateur puissant du manque de compétitivité des économies de plusieurs de nos pays : de fait, nous vivons au-dessus de nos moyens depuis plusieurs années, et en particulier de nos “moyens écologiques”. La dépendance de nos économies aux énergies fossiles importées joue en effet un rôle majeur dans l’accumulation de nos déficits. La réduction de notre niveau d’endettement et la stabilité de la zone euro passeront par un pacte de croissance “vert”.

Quatre ans après le début de la crise mondiale, les économies de nombreux pays européens sont toujours au plus mal. Après une baisse limitée en 2008 et 2009, la plupart des Etats membres vont bientôt retrouver le même niveau de dépense en importation d’énergie fossile qu’avant la crise. L’Europe est en effet pauvre enressources naturelles et fortement dépendante de pays producteurs de pétrole, gaz, uranium et charbon en particulier. Cette dépendance énergétique a des impacts écologiques importants, mais elle joue également un rôle majeur dans la dégradation des balances commerciales, des comptes-courants et donc de la hausse de l’endettement de la plupart des pays européens. Ceci est d’autant plus vrai que le développement des grands pays comme la Chine, l’Inde ou le Brésil, grands consommateurs d’énergies fossiles amplifie durablement la hausse des prix de ces ressources rares.

Les pays les plus en crise comme la Grèce, l’Espagne ou l’Italie sont d’ailleurs ceux qui souffrent le plus de la dépendance au pétrole. La hausse des coûts des matières premières importées entre 2009 et 2011 équivaut ainsi à 50% du déficit de leurs comptes-courants durant cette même période ! Et cette facture énergétique qui augmente touche particulièrement les populations aux revenus moyens et faibles, et impacte significativement leur pouvoir d’achat. Dès lors, les mesures à prendre pour relancer la croissance en Europe et résoudre la crise de la zone euro doivent comprendre un volet visant à réduire absolument notre dépendance aux énergies fossiles et autres matières premières non renouvelables.

La stratégie dite “Europe 2020” définie en 2010 par la Commission européenne pour prolonger la stratégie de Lisbonne avait déjà mis en avant une ambition pour une économie plus durable et responsable avec notamment en matière de climatet d’énergie l’objectif de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 20 % par rapport aux niveaux de 1990; faire passer à 20 % la part des sources d’énergie renouvelable dans notre consommation finale d’énergie; et s’acheminer vers une augmentation de 20 % de notre efficacité énergétique. Mais après l’échec de la stratégie de Lisbonne, on peut légitimement douter de l’atteinte de ces objectifs.

Dans ce contexte, le pacte de croissance qui va se discuter dans les semaines àvenir entre les leaders politiques européens doit prendre en compte cette dimension écologique. Afin de diminuer la dépendance aux énergies fossiles, ce“green new deal” pourrait poursuivre plusieurs objectifs de moyen: des investissements massifs pour le développement des énergies renouvelables (éolien, solaire, photovoltaic, géothermie, utilisation des biomasses), des incitations plus importantes encore concernant l’efficacité énergétique (mise aux normes environnementales des bâtiments, voiture hybrides et électriques…) et une ambition affirmée en matière d’indépendance énergétique, ce qui passe notamment par une meilleure coordination des stratégies nationales vis-à-vis des principaux pays producteurs afin que toute l’Union bénéficie de meilleures conditions d’achat. Cette “diplomatie énergétique” européenne devrait égalementavoir comme objectif de s’assurer que la manne financière reçue par les pays producteurs bénéficie au plus grand nombre.

Les plans de sauvetage des banques, puis de relance des économies européennes en 2009 ont pratiquement ignoré les enjeux sociaux et environnementaux. Il ne faudrait pas que les plans d’investissement à venirrépètent les mêmes erreurs. Les “projects-bonds” qu’on envisage de lancer ne doivent pas être utilisés pour financer des routes ou des complexes hôteliers ! Si nous voulons réduire notre dépendance au pétrole et autres ressources non renouvelables, nous devons investir ” durable “ et relancer le débat sur les taxes environnementales qui donneront de nouveaux moyens à l’Union européenne pourrelever le défi. La stabilité future de la zone euro passe aussi par là.

Sven Giegold est aussi co-auteur de l’étude No stabilization of the Euro without a green new deal.

Thomas Houdaille, secrétaire général du think-tank EuropaNova et Sven Giegold, député européen allemand du groupe des Verts

Le Monde, 30.05.2012